5 janvier 1843

« 5 janvier 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16351, f. 15-16], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.142, page consultée le 25 janvier 2026.

Ne sois pas triste, bien-aimé de mon âme. Tranquillise-toi, mon adoré, notre pauvre petit garçon sera guéri avant huit jours. C’est alors que nous lui ferons des scènes pour l’affreux tourment qu’il nous aura donné. Jusque-là, mon bon ange, sois bien sûr qu’il ne peut rien lui arriver de sérieusement mal. Quand je vois ta noble et ravissante figure touta assombrie par la tristesse, j’éprouve une douleur au cœur que rien ne peut traduire. C’est plus que de la douleur physique, plus que du chagrin, c’est quelque chose de plus poignant et de plus aigub que tout ça. C’est une espèce de colère contre le bon Dieu qui t’envoie des chagrins si peu mérités, et du désespoir contre mon impuissance à t’en garantir. Je ne sais pas si tu peux me comprendre, mais je te l’ai dit, mon amour, ce que je sens est intraduisible avec des mots.
Mon bien-aimé, mon bien-aimé, ne sois pas triste, aie confiance en Dieu. Je suis sûre qu’il ne veut pas te désespérer. Tu vas voir comme ton petit Toto va aller mieux. Nous serons bien heureux tous encore une fois. Tu verras mon cher adoré que je ne me trompe pas.
Ne viens pas trop tard mon adoré. Pense à mon inquiétude, toujours si éveillée dès que je ne te vois plus, mais redoublée encore par l’état de tristesse dans lequel je te vois. Et puis il fait si mauvais qu’il est bien imprudent à toi d’errer par ce mauvais temps. Toutes ces raisons, et bien d’autres encore je l’espère, te feront revenir plus vite auprès de moi. Je t’aime mon Victor, je t’aime comme tu mérites d’être aimé et plus encore.

Juliette


Notes manuscriptologiques

a « toute ».

b « aigue ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.

  • Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
  • 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
  • 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
  • PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
  • 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.